Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

« Respire » est un livre d’Anne-Sophie Brasme publié aux éditions Fayard.

 

Charlène Boher, 19 ans, raconte son histoire depuis la prison où elle est incarcérée depuis deux ans.

En effet, Charlène a tué sa meilleure amie, Sarah. Elle va raconter sa vie, son adolescence, comment elle en est arrivée là.. Pourquoi elle a commis l'irréparable, et pourquoi elle ne le regrette pas.

http://www.decitre.fr/gi/06/9782213610306FS.gif

J'étais en seconde lorsque j'ai découvert ce livre. En cours de français, des camarades avaient fait un exposé dessus, et cela m'avait donné envie de le lire. Et je me souviens qu'il m'avait beaucoup impressionnée. Parce qu'à l'époque je n'étais pas forcément super bien dans ma peau et que Charlène me ressemblait sur pas mal de points. Enfin plus exactement, je trouvais que dans le livre, elle disait ce que je n'osais pas dire, voire même pas penser. Ca fait une forte impression, ce genre de choses ! Et puis j'étais impressionnée aussi parce qu'à l'époque, l'auteur Anne-Sophie Brasme, n'avait que 17 ans ! Moi qui écrivait des petites textes comme cela, juste pour moi, je trouvais fou qu'une fille de pratiquement mon âge soit publiée. Et elle le mérite largement, du reste. J'ai lu son livre suivant, « Le Carnaval des monstres », et il est vraiment particulier et très bon également. Je ne sais pas si elle en sorti un autre depuis tiens, il faudrait que je me renseigne. Ce n'est pas que le style soit bouleversant (même si objectivement, c'est tout ce qu'il y a de bien écrit, vu que c'est fait en toute simplicité), c'est surtout qu'elle sait nous faire littéralement rentrer dans la tête de son héroïne, Charlène. On sait ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent... Et ça c'est très bien fait parce que sa douleur, sa peine, absolument tout nous parle et nous intéresse. Elle nous intéresse d'ailleurs dès les premières lignes du roman au sort de Charlène, et la partie est gagnée dès le début : je savais dès le premier paragraphe que je ne décrocherai pas de ce livre avant de l'avoir terminé. D'autant qu'il se lit facilement. Aujourd'hui encore, j'aime le relire. Je ne le perçois plus de la même manière ; j'ai plus de recul, sans doute parce que j'ai grandi. Mais je l'apprécie toujours autant.

Avec simplicité, Anne-Sophie Brasme décrit une à une les étapes qui ont amené Charlène à ce meurtre affreux par étouffement (d'où notamment le titre du livre). Les deux jeunes filles vivaient une amitié fusionnelle qui peu à peu fut brisée. Et tandis que Charlène essayait de regagner l'amitié de Sarah, cette dernière la rejetait, l'humiliait en public... Je raccourcie énormément, mais voilà en gros le « pourquoi ». De cette façon, la sensation éprouvée par le lecteur est très étrange parce que quelque part on nous explique ce meurtre, mais on l'excuse aussi d'un certain point de vue. Pas dans le sens où Charlène s'en tire, puisque ce n'est pas le cas, mais plus dans le sens où Sarah apparaît comme la méchante sans problème, donc on ne l'apprécie pas vraiment, dès lors qu'elle commence à mal traiter Charlène... Disons qu'on comprend les raisons de cet acte final. C'est vraiment étrange comme sentiment (d'autant qu'on voit bien que Charlène est consciente de tout et qu'elle sait exactement ce qu'elle fait, tout comme elle sait auparavant, que sa relation avec Sarah est malasaine, mais elle ne peut rien y changer). J'ai dit qu'on rentrait dans la tête de Charlène, et c'est aussi ce qui va créer la tension. Il y a pas mal de scènes très fortes dans ce livre, tant tout semble criant de vérité. Je me souviens facilement par exemple de la fameuse scène où Charlène tente de se suicider pendant une course au collège. Elle fait de l’asthme et en gros, elle ne s'arrête pas de courir et elle ne prend pas de ventoline non plus... Une scène des plus stressantes, je trouve. Ce n'est évidemment rien comparée à celle du meurtre proprement dite, ceci dit. Mais il y a aussi des scènes plus mineures comme cela, simplement remplies des pensées de Charlène, qui sont suffisantes. Le personnages est très riche de toute façon, et ses turpitudes sont fascinantes.

Il ne s'agit pas d'un énième adolescent en crise, qu'on nous mettrait en scène. C'est plus profond que cela. Certes elle a la sensation classique d'être mal dans sa peau, de se trouver tous les défauts de la terre... Mais cela va bien au-delà de ça, même si le mal-être qu'on peut ressentir à cet âge est dépeint avec réussite. Ce qui est intéressant dans le bouquin, c'est vraiment pourquoi elle en vient à faire une telle chose. Il n'y a pas de suspens sur la fin puisqu'on commence le livre sur elle, qui nous dit ce qu'elle a fait. Donc on lit en sachant comment cela finit de toute façon -ça n'empêche pas d'espérer que l'issue soit autre, à mesure que la fin approche, notez ^^-. Mais comment cela a pu arriver, ça c'est une autre histoire. Et en cela il y a malgré tout une envie constante de savoir la suite, je trouve. Mais c'est sombre, comme récit. Très sombre. Et c'est aussi pour cela que je trouve étrange qu'une fille aussi jeune ait pu écrire de cette manière. Sur de tels sujets, plutôt. En cernant si bien l'âme humaine et ses travers, en étant aussi captivante... Encore une fois, cela m'épate !

Cette histoire montre aussi comment tout est important quand on est adolescent. Tout prend des proportions gigantesques, que ce soit dans un sens ou dans l'autre d'ailleurs. Bon là c'est extrême, on est d'accord, mais c'est l'idée qui importe. Et pour Charlène, cette amitié avec Sarah est plus qu'importante. Avant de la rencontrer, elle n'était rien. Elle était moche, bête, pas intéressante -enfin ça c'est elle qui le dit-. Avec Sarah, elle partage tout. Elle a quelqu'un qui l'apprécie, qui la comprend... Cela illumine sa vie. Jusqu'au jour où cela se dégrade. Et le plus pervers là-dedans, c'est le fait que Sarah va la laisser tomber, se faire d'autres amies, l'humilier, et revenir vers elle quand cela lui chante en lui assénant qu'elle est sa meilleure amie. C'est une relation perverse et Charlène est clairement dépendante. Elle en souffre, et rien ne peut la « sauver », pas même un petit ami qui semblait parfait pour elle. L'issue de son histoire avec Sarah semble vite inéluctable malheureusement, quand bien même on espère souvent que Charlène passera à autre chose et sera heureuse. À un moment on croit même que ça y est, elle le sera, elle est sauvée... Mais le récit nous fait vite revenir à notre première impression, à savoir que ceci est inévitable... Le fait que ce soit Charlène qui nous raconte son histoire, avec ce recul qu'elle a depuis la prison où elle est désormais, a un impact aussi. Le « je » implique plus le lecteur, et on se sent plus rapidement concernée.

Respire est un livre qui se lit vite, il n'est pas bien gros. J'ignore s'il se destine à un public particulier, ce que je sais en revanche, c'est qu'il mérite qu'on y jette un œil. C'est intelligent, bien fait, plein d'émotions, et captivant. Un livre dur mais intéressant.

Tag(s) : #Livres-contes
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :